Un sujet délicat chez les adeptes des catamarans
Oh que voici un sujet bien clivant dans le milieu des catamarans à voile ! Quelle est la meilleure formule pour un catamaran ? Une barre unique sur un flybridge – ou un semi-fly, ce n’est guère différent – ou deux barres tout à l’arrière du bateau ?
Certains skippers, y compris des professionnels aguerris, refusent de mettre les pieds sur un catamaran à double barre, jugeant que, tel Jack Sparrow sur sa dunette, le capitaine doit capitainer depuis une position élevée. C’est statutaire et ne souffre pas de discussion.
Les avantages de la dunette
Et il faut bien avouer qu’il y a quand même quelques avantages à ces tours d’ivoire…
La visibilité
D’abord, et de loin le premier argument de ces inconditionnels, la visibilité, notamment vers l’avant. C’est vrai qu’elle est incomparable, et rassurante pour prendre en main un bateau inconnu. Les manœuvres dans les marinas, ou les prises de bouée, seront plus faciles, en tout cas tant qu’on est en marche avant…
L’intimité
Ensuite, en utilisation professionnelle, avec un équipage salarié, les passagers pourront apprécier davantage d’intimité, l’équipage manœuvrant dans un espace dédié, sans troubler la quiétude des vacanciers.
Un cockpit libéré des manœuvres
Et, évidemment, tout le cockpit ou presque est libéré des manœuvres et autres bouts qui traînent, fouettent, claquent, et reste donc entièrement dédié au farniente et aux repas.
Un équipage plus protégé
Enfin, l’équipage sera mieux protégé des embruns, ce qui permettra de repousser le moment où l’on est obligé d’enfiler le ciré.
Alors, on serait tenté de dire que, finalement, vu tous les avantages, la messe est dite, il n’y a pas photo, circulez, il n’y a plus rien à voir…
Oui, mais si, en fait…
Les avantages des doubles barres arrière
La visibilité – le retour
En marche arrière
Certes, avec catamaran équipé d’un fly, la visibilité est excellente sur l’avant. Mais quand, comme chez Punch Croisières, on accoste cul à quai, c’est quand même pratique de voir ses tableaux arrières ! Et comme on est installé juste à côté … De même, pour porter les amarres sur le quai, c’est incomparable, on n’a qu’un pas à faire.
Camera de recul ?
Et d’ailleurs, c’est sur un Lagoon 450, donc avec fly, que j’ai vu la première caméra de recul sur un bateau, il y a de ça plusieurs années. Parce qu’il faut bien dire qu’à moins de se plier en quatre depuis le poste de barre pour entr’apercevoir un bout du tableau arrière bâbord, on ne voyait rien !
Un partout, la barre au centre ?
Donc, même pour les manœuvres en Marina, ce n’est pas la panacée. Mais il faut bien avouer qu’on n’est jamais totalement détendu dans une darse étroite avec un bateau équipé de barres à l’arrière, et qu’on aura recours à des vigies à l’avant et sur le bord opposé au barreur pour sécuriser la manœuvre. Pas de solution parfaite, en fait …Si chère marina …
De toutes façons, dans nos contrées, on n’est pas souvent en marina. Déjà, les marinas ne dont pas les terrains de jeu préférés des catamarans. D’une part parce que ces gros bateaux sont de grands consommateurs de longueur de ponton, et donc les nuits à quai sont très chères, d’autre part parce que ce n’est pas facile d’y trouver de la place. Enfin, comme ces bateaux sont très autonomes, les équipages cherchent plutôt les mouillages paisibles, loin de tout, et fuient la promiscuité des ports.Jamais sans ma bouée
Alors si on n’est pas en marina, on est en revanche, surtout dans les Grenadines, souvent à la bouée. Et pour prendre une bouée sans l’aide d’un « boat boy », le plus simple reste de se positionner face au vent, d’amener la bouée le long de sa jupe arrière, d’y passer son ou ses amarres et de culer jusqu’à ce que l’ensemble soit dans l’étrave. Et ça, c’est quand même bien plus facile quand la barre est juste à côté de la jupe pour voir ce qu’on fait. Et quand on est seul à faire la manœuvre, c’est même incomparable : on n’a pas à courir depuis le flybridge en espérant que le bateau ne s’éloignera pas de la bouée pendant ce temps, sinon il faudra recommencer à zéro.
Aptitudes marines
Mais le point le plus rédhibitoire, pour moi, reste le fait qu’il est difficile de faire un bateau marin en repoussant le poste de pilotage tout en haut.
Poids et fardage
En ajoutant un pont supplémentaire, on augmente le poids du bateau et sa prise au vent. Et pas au meilleur endroit, ce qui va diminuer la stabilité, et donc augmenter les mouvements de tangage et de roulis.
Poussée vélique
En repoussant la bôme vers le haut, on remonte le centre de poussée vélique (la force du vent dans les voiles), ce qui, une fois de plus, pénalise la stabilité du bateau sous voile et, par voie de conséquence, diminue la capacité à « porter de la toile ». Bref, on ira moins vite à la voile.
Sécurité de manœuvre
La bôme est tellement haute qu’il est impossible d’intervenir dessus pour, par exemple, fermer le lazy bag (la housse de protection de la voile) depuis le pont : il faut monter sur la bôme. À 5 m au-dessus de l’eau… Et comment réparer une bosse de ris cassée en mer ? Pareil, il faut monter sur la bôme. En pleine mer… Ben je crois qu’on va finir au moteur, en fait !
Porsche design
En termes esthétiques, et là c’est une affaire de goût, je préfère un catamaran un peu « low profile », pas trop haut sur l’eau, avec une belle voile élancée, qui s’arrête au ras du pont. Mais on a le droit de préférer un Porsche Cayenne à une 911 !
Précision de barre
Enfin, les deux (très) gros avantages des barres arrière restent le plaisir à la barre et la convivialité.
Car le fait d’être très près des safrans permet d’avoir des barres fines, dont on sent les réactions, au rebours des barres hydrauliques, qui ne transmettent absolument aucune information sur l’équilibre du bateau. On a donc une jolie précision de barre, permettant de négocier les vagues, de gérer au degré près une remontée au près serré, ou de contrôler une descente au vent arrière avec les voiles en ciseaux. C’est, pour qui aime barrer, un vrai plaisir, et le pilote automatique risque de s’ennuyer avec un équipage de voileux, car on va faire la queue pour prendre la barre ! Rien de cela depuis un fly : on est trop haut pour bien estimer la hauteur des vagues et trop loin des mèches de gouvernail pour avoir des sensations et de la précision.
Convivialité
Et dernier point, mais pas le moins important, c’est la convivialité. Le barreur est au niveau du cockpit, avec tout l’équipage. Comme c’est souvent le skipper, il peut ainsi s’assurer que son équipage va bien, et continuer à partager la vie du bord. Il peut aussi partager son savoir-faire, demander un coup de main, expliquer à tout le monde la prochaine manœuvre, sans quitter son poste.
Pilote automatique
Et s’il décide de confier le bateau au pilote automatique – à mon avis, c’est un peu du gâchis, mais bon… –, il peut, en cas d’urgence, reprendre la main en deux enjambées, sans avoir à sortir du cockpit et devoir grimper un escalier.
Jeu, set et match ou tie-break ?
Convivialité et performance… Belle définition du sport, non ? Vous avez compris que, chez Punch, la voile est une passion, et que ça se ressent dans nos préférences ! Alors, pour nous, quand il s’agit de se faire plaisir, c’est deux barres… Nautitech 40, 44 ou 46 Open, Nautitech 442S ou Excess 14, à vous de choisir.
Mais on n’est pas non plus sectaires, il en faut pour tous les goûts et toutes les ambiances. Alors on propose aussi à la location d’excellents catamarans à fly – ou semi-fly – : Lagoon 380, Lagoon 40, Aventura 34 et 37, Lagoon 42, Saona 47. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
Que Neptune vous soit favorable…